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La tapisserie de lice La fresque Biographie des graveurs
du XVIIIe siècle
La gomme bichromatée

APOLOGIE D’UN ART
« LA TAPISSERIE DE LICE »

« L’art suppose un savoir-faire, qui est un savoir travailler. Quiconque admire une œuvre d’art admire un travail,
un travail habile et réussi.
Il est donc indispensable de savoir quelque chose de ce travail, si l’on veut admirer et jouir de son produit, qui est l’œuvre d’art.
Car l’art demande des connaissances. L’observation de l’art ne peut donc donner un plaisir véritable que s’il existe un art de l’observation. »

Bertolt BRECHT

Ecrits sur la littérature et l’art

PREFACE

Au fur et à mesure de la lecture de ces pages, mon objectif est de montrer qu’une tapisserie est l’un des plus beaux décors murals existant. La tapisserie ne doit pas être forcément ancienne, mais aussi actuelle, colorée, figurative ou abstraite, tout en étant exécutée avec la même technique et son évolution : comme celle qui a fait la renommée mondiale des Manufactures Nationales des Gobelins et de Beauvais ou des ateliers d’Aubusson.

DEFINITIONS

Sous le vocable de tapisserie, on désigne beaucoup d’ouvrages qui n’ont rien à voir avec la tapisserie de lice.
La tapisserie de lice est principalement un ouvrage fait au métier avec du coton, de la laine, de la soie, des fils d’or ou d’argent servant à couvrir et parer les murs. Sur cette tenture de décoration murale, les figures, formes diverses et ornements font partie intégrante de la trame.

La tapisserie est une œuvre d’art.

Au terme de la Loi – décret du 10 juin 1967, article 1er : Sont réputées œuvres d’art originales les tapisseries en tous textiles tissées à la main, sur métier de basse ou haute lice, d’après des cartons ou maquettes conçues par un artiste.
Ce décret doit-être explicité. Je réserve l’appellation de tapisseries originales conformes, qui s’accordent avec la pensée de l’artiste créateur du carton et conformément à ses souhaits, aux tapisseries de basse ou haute lice d’après des maquettes conçues par l’artiste et exécutées à la main :
- soit par le même artiste, s’il est à la fois peintre cartonnier et licier,
- soit par un autre licier, du vivant de l’artiste créateur du carton et sous sa surveillance.
Enfin, j’appelle tapisseries originales d’adaptation, les tapisseries de basse ou haute lice, d’après des maquettes réalisées par un artiste et exécutées par un licier, sous réserve des autorisations d’usage : hors de la surveillance de l’artiste créateur s’il est décédé ou avec son consentement s’il est vivant.
Le licier, livré à lui-même, interprète à sa façon l’œuvre à tisser. Il laisse sa griffe qui marquera la tapisserie, interprétation qui n’est pas forcément celle souhaitée par l’auteur du carton. Dans ce cas là, il ne peut s’agir de tapisserie originale conforme, c’est à dire réalisée en conformité avec l’auteur du carton.

L’artiste ou peintre cartonnier est l’auteur de la maquette.

Le licier reproduit au métier l’œuvre d’art à tisser. Le licier ne copie pas :Il transpose avec plus ou moins de liberté, en tenant compte de l’interprétation voulue par le créateur, de sa sensibilité et des règles de son métier.
Il faut parfois prendre comme maquette une tapisserie pour une reproduction. Pour une création, un carton spécifique, quelquefois un dessin, une toile peinte ou une photographie sont toujours à la base d’un tissage. Le tirage est contrôlé et limité à huit exemplaires maximums : 2 exemplaires artistes et six de série.
Pour mériter la dénomination de tapisserie de basse ou haute lice, le tissage est exécuté suivant les techniques employées dans les manufactures nationales des Gobelins et de Beauvais, les ateliers d’Aubusson ou ceux se réclamant des mêmes techniques, à l’exclusion de tous procédés photomécaniques ou mécaniques. Les tapisseries ainsi réalisées sont de véritables créations, le licier interprétant l’œuvre du peintre cartonnier.
Les reproductions photomécaniques sont des fac-similés qui ne doivent pas être confondus avec la tapisserie qui a servi de modèle.
La tapisserie sur canevas est un travail à l’aiguille qui n’a rien à voir avec la basse ou haute lice.
Le carton de tapisserie est la maquette spécialement conçue pour le tissage. C’est la forme la plus propice à la transposition en tapisserie. Il est le dessin coloré ou chiffré qui tient compte des exigences et possibilités de cet art. Si l’œuvre picturale n’a pas été « pensée » tapisserie, elle ne gagne rien à être tissée et se suffit à elle-même.
Le carton est pris en charge par le licier pour être agrandi au format souhaité et inversé en basse lice. Il devient alors le carton-calque qui sera sous la chaîne en basse lice ou affiché derrière le licier en haute lice. L’agrandissement du carton-calque est fait au dessin et à la main ou par la photographie. Parfois, le carton est directement réalisé au format de l’œuvre à tisser.

LEGISLATION

Aujourd’hui, la tapisserie porte au recto la signature de l’artiste créateur du carton et la marque de l’atelier de réalisation ou du licier : une broche barrant un "G" pour la Manufacture Nationale des Gobelins, les lettres "MBN" pour la Manufacture Nationale de Beauvais et "M.G." pour mon atelier.  Marques d’atelier et signature sont tissées dans la tapisserie.
Au verso de la tapisserie est cousu le « bolduc », pièce sur laquelle est inscrite le titre de l’œuvre, ses dimensions, les noms du cartonnier, avec si possible sa signature, et de l’atelier ou du licier. Le bolduc garantit l’authenticité de la tapisserie par rapport à l’œuvre primitive : c’est une « tapisserie originale conforme », par rapport à une « tapisserie originale d’adaptation » qui est une œuvre plus libre.
La tapisserie doit également comportée dans son tissage une fraction, dont le numérateur est le numéro de la pièce et le dénominateur le nombre de répliques exécutées : l’exemplaire artiste est parfois marqué E/A et 1/1 signifie que la tapisserie est unique, comme le sont toutes mes créations. En effet, l’artiste libre doit, en principe, produire des pièces uniques. La loi l’autorise cependant à créer trois exemplaires au plus.
Le tirage limité donne sa valeur à l’œuvre d’art, sans oublier que la reproduction à huit exemplaires au maximum est un véhicule culturel et artistique d’une œuvre originale et rare.

ARISTIDE MAILLOL, UNE OPINION

Aristide MAILLOL tenta de renouveler la discipline artistique de la tapisserie en réalisant des œuvres harmonieuses, dans lesquelles la femme est le sujet de prédilection.
« J’ai oublié, écrit-il à un ami, de vous montrer à Banyuls, le morceau qui reste encore sur le métier. J’ai dû abandonner à cause d’un mal aux yeux. Je l’ai beaucoup regretté car je l’exécutais avec des laines teintes par moi. »
« La tapisserie, dira encore MAILLOL, peut-être considérée comme de la grande peinture. C’est un art plus beau, plus significatif que celui des tableaux et je crois que j’aurais fait de belles choses, de véritables créations, mais je n’avais pas d’argent. »   

GEORGES BRAQUE, UN AVIS

Comme toutes les formes d’art contemporain, la tapisserie a fait sa révolution ou, plus exactement, son autodestruction à partir du moment où l’artiste a oublié les bases essentielles du métier. L’introduction abusive de matériaux « tous azimuts » a diminué la valeur de la tapisserie qui n’a rien à gagner dans ce domaine. Les audaces sont nécessaires, mais il y a des règles à respecter. La provocation n’est pas signe de qualité créative.
Je suis en rupture avec les excentricités qui n’ont à voir avec l’art. Je suis également opposé que la tapisserie soit la reproduction plus ou moins fidèle ou libre d’une peinture. Georges BRAQUE disait avec justesse : « Une tapisserie ne doit en aucun cas ressembler à un tissu qui aurait été peint ».
Entre la copie d’une peinture, pratiquée régulièrement au XIXème siècle, et l’arrivée à partir de Jean LURÇAT de peintres cartonniers de talent, et de créateurs fantaisistes au début des années 1970, qui ont terni l’image de la tapisserie, il y a encore aujourd’hui une place pour une inspiration artistique digne de ce nom. 
Une certaine fidélité à la tradition n’exclue pas des interprétations capables d’évoluer avec le temps et de s’adapter à son époque.

ANALYSES

Après avoir étudié le dessin, l’histoire de l’art, la peinture et le tissage aux Manufactures Nationales des Gobelins et de Beauvais et travaillé dans différents ateliers, je tisse mes propres cartons ou ceux de peintres cartonniers depuis 1965.
Mes créations de conception classique sont abstraites ou parfois figuratives. J’imagine des formes et harmonies de couleurs, tout en restant fidèle aux exigences du métier. Pour mener à son terme une œuvre, il me faut de l’entêtement car rien n’est gagné à l’avance. Le public n’imagine pas la difficulté de rendre dans la trame le carton. En basse lice, il est inversé et il faut manœuvrer des barres à lices à l’aide de jeux de pédales, maintenir la chaîne d’une main, passer la trame de l’autre, utiliser un grattoir, aller et revenir, tasser avec un peigne et répéter inlassablement les mêmes gestes.
Durant le long cheminement du carton au mur, en passant par le tissage, il faut rester vigilant pour repousser toutes les influences de mode ou de style qui pourraient perturber la création. Je recherche une tapisserie qui trouvera sa place dans des intérieurs humains.
Dans les expositions, j’ai souvent constaté l’ignorance et les idées fausses de la quasi-totalité du public pour les arts, en particulier pour la tapisserie. Chez certains, le plaisir de posséder une œuvre d’art n’existe pas : souvent on achète avec l’intention de revendre avec profit. Chez d’autres, le désir d’acquérir est sincère, mais le prix dépasse leurs ressources. De temps en temps, un passionné se présente et un dialogue est établi entre l’acheteur et le créateur.
En leurs temps, la tenture de la « Dame à la Licorne » ou un tableau de Vincent VAN-GOGH resplendissaient de couleurs « neuves ». Aujourd’hui, la notion colorée a disparu et il est difficile d’expliquer qu’au moment de la création les tonalités étaient beaucoup plus fortes. Nos cathédrales étaient couvertes de couleurs vives qui donnaient aux édifices une puissance émotionnelle très grande.
Dans l’ensemble, le public reste indifférent aux difficultés de ce métier et, souvent, le créateur éprouve une grande déception lors de la présentation de ces oeuvres. Il est difficile d’être compris, de rester fidèle à soi-même et d’éviter le piège des modes éphémères. La vérité est que la tapisserie est considérée comme un art du passé pour la majorité du public. Dans cette impasse, il est grand temps de revenir à un véritable enseignement des arts si l’on ne veut pas assister à la disparition de certains métiers artistiques, comme celui de la tapisserie.

DU CHOIX D’UN NOM

Comme la peinture, la tapisserie abstraite ou figurative a son écriture, son langage et ses symboles.
L’art abstrait est une recherche de formes et de couleurs. Parfois, il est gestuel et requiert une rapidité telle que l’émotion créatrice et spontanée est détrônée par une réelle virtuosité élégante. L’art figuratif représente des formes reconnaissables qui nécessitent, de la part du licier, un talent de copiste et de poète pour exprimer le stimulus intérieur capable d’émouvoir notre sensibilité.
Un nom bien choisi a valeur d’argument, il claque comme un drapeau au vent. Il est l’exposé de l’ouvrage et sa preuve d’existence. Fil d’Ariane, il dirige le raisonnement et guide le spectateur vers l’objectif de l’auteur, sans pour autant qu’il existe une concordance entre l’image et son titre, alors que  le nom d’une œuvre figurative ne peut-être discordant. 
Difficulté de l’abstrait qui utilise des rapports de couleurs et de formes pour aboutir à une harmonie générale et une consonance dans le titre. Un nom évocateur peuple l’esprit d’images, le graphisme devient suggestif et les couleurs et formes prennent vie.

TECHNOLOGIE DU METIER DE LICIER

Suivant le cas ou le mot « métier » est employé, il exprime la profession manuelle ou la machine qui sert au licier pour confectionner la tapisserie.
Une lice ou lisse (du latin licium, fil) est un fil de coton portant un maillon dans lequel passe le fil de chaîne (la trame) sur un métier à tisser.
Etymologiquement, le licier est l’artisan qui monte les lices d’un métier à tisser. Les haute-liciers travaillent au métier de haute lice et les basse-liciers au métier de basse lice.
Depuis ses origines et le XIXème siècle, la technique de base du tissage n’a subi aucune modification. Le geste du licier est resté le même, les métiers et outils aussi.
Le métier de base lice est composé de deux rouleaux ou « ensouples », de fort diamètre, placés horizontalement à environ un mètre quarante l’un de l’autre, et supportés par deux montants semblables inversés appelés « jumelles ». 
Entre les deux ensouples, le plus souvent des fils de coton sont tendus pour former la chaîne. Ces fils ont la longueur de la tapisserie à exécuter, plus environ un mètre trente pour permettre le tissage intégral de l’œuvre. La chaîne, fixée aux ensouples, est enroulée autour de celles-ci en fonction de la progression du tissage.
Au montage, chaque fil de chaîne est passé dans un autre fil en forme d’anneau « la lice ». Les lices recevant les fils pairs sont passées autour de la barre à lices ou lame, d’une longueur d’au moins quarante centimètres. Les lices recevant les fils impairs sont passées autour d’une autre barre à lices.
Le nombre de fils de chaîne au centimètre donne la grosseur du tissage : plus ce nombre est élevé, plus le tissage est fin. Personnellement, j’utilise souvent trois fils au centimètre et parfois quatre à cinq fils en fonction de mes cartons. Pour obtenir une grande finesse de tissage, il est possible d’utiliser jusqu’à douze fils au centimètre.
Les lames, qui reçoivent les lices, pendent en dessous du métier. Elles sont reliées chacune par deux attaches à une autre barre portant en son milieu un crochet muni d’une cordelette pour la relier au balancier. Celui-ci est supporté par une traverse fixe, le long de laquelle il se déplace.
Un balancier actionne deux barres à lices, celle des fils pairs et celle des fils impairs. Le même balancier est relié à deux pédales ou marches par une chaîne métallique.
Dans les métiers de haute lice, les ensouples sont placées l’une au-dessus de l’autre. Les fils de chaîne sont tendus verticalement et les lames à lices sont suspendues à une perche en avant du métier, au-dessus de la tête du licier.
La différence de conception entre les métiers de base lice et de haute lice entraîne une technique différente chez les liciers.
En basse lice, le carton-calque à exécuter est placé sous la chaîne. Assis sur le banc du devant du métier, le licier prend une flûte garnie le plus souvent de fils de laine de couleurs d’une longueur appropriée. Il appuie avec le pied sur une marche, abaisse ainsi les lices et fils de chaîne correspondant, passe d’une main la flûte dans l’intervalle des deux groupes de fils pairs et impairs, puis se sert d’un grattoir pour un premier tassage. Ensuite, le licier lâche la marche, appuie sur la seconde marche et ramène la flûte au fil de chaîne de départ en effectuant les mêmes opérations. Enfin, il serre le tissage à l’aide d’un peigne, souvent en ivoire.
En haute lice, le carton est placé derrière le licier qui est guidé par un dessin tracé sur la chaîne d’après un calque. Il prend une broche garnie principalement de fils de laine, passe la main dans l’intervalle formé entre les fils pairs et impairs par le bâton de croisure et glisse la broche. Après le passage de la laine, le licier utilise la broche comme un grattoir. Il tire ensuite des lices pour ramener en avant les fils d’arrière et fait revenir la broche au fil de chaîne de départ, en effectuant les mêmes manœuvres. Après, comme en basse lice, il serre le tissage avec un peigne.
La qualité du tissage est la même en basse ou haute lice. En basse lice, le tissage est plus serré, en haute lice le licier a plus de facilité pour contrôler l’avancement de son travail. Une tapisserie doit-être le résultat de l’interprétation la plus fidèle et la plus sensible des formes et couleurs du carton proposé par le peintre.
Dans chaque nuance on retrouve une couleur principale qui impressionne l’œil : comme le fait la note fondamentale d’un son qui agit sur notre oreille. C’est elle qui imprime son cachet spécial. Les couleurs complexes se rapprochent du timbre des différents sons. Le timbre est la couleur des sons.

APOLOGIE D’UN ART 

Les tapisseries représentées dans nos manuels ou exposés dans nos musées sont, le plus souvent, celles des siècles passés. En les regardant, une grande majorité de personnes pensent qu’elles ne peuvent-être que figurative et terne. On oublie que le temps ternit les couleurs et qu’à l’âge d’or de la tapisserie, la mode et les circonstances conduisaient aux grands thèmes illustrés avec ces étonnants entassements d’animaux, de personnages et d’éléments architecturaux et végétaux.
Jadis somptueuses tentures que l’on étalait pour éblouir, la tapisserie apparaît aujourd’hui, dans sa forme traditionnelle, comme un art figé en voie de disparition et incapable d’évoluer. Les difficultés du tissage sont certes appréciées, mais le dessin passéiste laisse souvent indifférent. Il faut accepter que les formes concrètes deviennent plus décoratives, tout en maintenant la qualité d’exécution. D’objet de curiosité ou d’histoire et avec son évolution, la tapisserie pourra reprendre sa place parmi nous, sur nos murs.       
Une demeure sans tapisserie est comme une église sans vitrail, un lieu sans âme.
Décor de la vie, la tapisserie porte l’empreinte humaine. Elle est une fenêtre ouverte sur le bonheur, pour nos maisons et nous-mêmes. Art de couleurs, de formes et de lumières, la tapisserie réjouit nos sens.
La tapisserie est en crise, à la recherche de nouvelles formes d’expression. L’innovation prime chez les créateurs et tout semble permis. Les nouveaux critères imposés mettent en déroute le sens artistique de cette technique. La tapisserie quitte souvent son support naturel, le mur, et part dans tous les sens, sous toutes les formes : elle devient cinétique, structure textile, plis, replis, rabats… C’est le règne de la fermeture éclair, des charnières, des franges, des wassingues… Des néophytes ou des snobs sont en extase devant ces serpillières effilochées, pendant que le véritable amateur hausse les épaules et part en réalisant qu’on se moque de lui et du public. Il y a tromperie sur l’appellation de ces créations qui n’ont que peu de rapport avec la véritable tapisserie.
Entre ces deux extrêmes, la tradition et un présent à la recherche de son chemin de Damas, que faut-il à la tapisserie pour qu’elle retrouve qualité et vitalité ? Un véritable carton abstrait ou figuratif qui sera interprété avec fidélité et sensibilité par le licier. Liberté pour le créateur et le licier d’enrichir le carton de toutes les ressources de l’art du tissage. Une connaissance parfaite de la technique du métier et des matériaux, coton, laine, soie ou synthétiques, permettront une réalisation optimale.
Mais, il faut aussi un public capable d’apprécier ce beau métier et qui consente à faire l’effort nécessaire pour acquérir, et partant assurer la continuité de cet art.
Héritée du passé, la tapisserie de basse ou haute lice n’a rien à voir avec le tissage qu’un stage de quelques jours ou semaines prétend vous apprendre. Ce tissage là est un amusement, un plaisir en comparaison d’une véritable formation. Défoulements ou hobby, mode qui profite aux affairistes et galvaude la vraie tapisserie.
Ces maîtres d’occasion sont des dupeurs en faisant croire que faire du tissu, c’est de la tapisserie. Le tisserand n’est pas un licier et les métiers à tisser sont différents. Le tisserand est plus artisan que le licier : le premier réalise souvent un travail plus utilitaire (tissus divers, services de table, rideaux, vêtements…) et le second vise à adapter un carton pour en faire une œuvre d’art. Voilà pourquoi le licier est un artiste.  
La tapisserie de basse ou haute lice est un art ésotérique pratiqué sur des métiers spécifiques. Il est obligatoirement enseigné par les initiés des ateliers des Manufactures Nationales des Gobelins ou de Beauvais, et l’école d’Aubusson. Il faut des années pour faire un bon licier, ce qui demande des efforts importants, et toute une vie pour exercer avec bonheur et maîtrise. Une tapisserie est une prouesse artistique et technique. 
En tapisserie, l’artiste idéal est peintre cartonnier et licier. Il possède les connaissances conjuguées d’un art et d’un métier, dont le résultat est un travail parfait avec une interprétation optimum. Il est préférable d’avoir une pièce unique, la rareté donne une valeur supplémentaire à l’œuvre d’art.
L’artiste licier n’est pas un copiste, il ne se répète pas. Son sens critique, son imagination et son interprétation le conduisent à des initiatives personnelles toujours en rapport avec le carton. Dans le tissage, les teintes prennent une autre dimension, même si dans le temps l’intensité change ou  diminue. C’est la destinée de la tapisserie.
La commercialisation par l’atelier, le créateur ou un courtier s’établit d’après la valeur intrinsèque de l’œuvre. L’objectif est de faire partager à l’acquéreur l’enthousiasme du créateur pour cet art qui le passionne. La vente se hausse au niveau d’un colloque entre deux personnes animées d’une même passion.
Conçue pour embellir toutes les demeures, des plus luxueuses aux plus modestes, sa destinée est toujours la même, porter témoignage du style d’une époque et satisfaire notre sentiment d’un beau travail : voilà pourquoi la tapisserie est une œuvre d’art.

Michel GENTY - genty-jordan@orange.fr
Cartonnier de tapisseries et licier
Fresquiste
Peintre
Rentoileur et restaurateur de tableaux

Extrait de l’ouvrage en cours de réalisation « TRAITE DES TECHNIQUES ARTISTIQUES DE LA PEINTURE ET DE LA TAPISSERIE DE LICE », © 2008 pour tout l’ouvrage.

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